50 ans après la mort de Martin Luther King, «le combat continue»

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis (Tennessee). Figure phare du mouvement en faveur des droits civiques des Noirs-Américains, le pasteur baptiste noir de 39 ans devient un martyr de sa cause, une icône consensuelle.

Cinquante ans après sa mort, qu’est devenu son fameux «rêve»? Le Figaro a interrogé Caroline Rolland-Diamond, professeur d’histoire des États-Unis à l’Université Paris Nanterre*.

LE FIGARO – Pourquoi, parmi d’autres grandes figures de la lutte contre la ségrégation raciale, celle de Martin Luther King s’est-elle à ce point imposée?

CAROLINE ROLLAND-DIAMOND – L’histoire a retenu très peu de noms de leaders africains-américains, et parmi eux, presque exclusivement des hommes. On peut citer W.E.B Du Bois, Martin Luther King, Malcolm X, Jesse Jackson, Barack Obama… L’exception féminine pourrait être Rosa Parks, mais elle n’est citée que comme la femme qui a refusé de céder sa place dans un bus et pas comme la militante engagée pendant des dizaines d’années. Parmi ces figures, le nom qui ressurgit à chaque fois est celui de Martin Luther King. Du héraut du mouvement des droits civiques, on a retenu la célèbre formule «I have a dream», et on a fait de lui l’espoir incarné de la fin de la ségrégation.

Mais King était bien plus que cela. Grand défenseur des droits humains en général, il avait une vision universelle de progrès social indifférente à la couleur de peau. On oublie – et c’est en partie à cause de la récupération politique du personnage – que Martin Luther King a toujours mis l’accent sur la lutte économique et sociale en parallèle de son combat pour les droits civiques. À partir de 1966, il s’était ainsi installé dans un quartier difficile de Chicago pour lutter contre la ségération résidentielle. Par ailleurs, le prix Nobel de la paix 1964 était parfois plus controversé qu’on ne l’imagine aujourd’hui. En témoigne par exemple son engagement contre la guerre au Vietnam, une prise de position très décriée à l’époque.

Le célèbre «rêve» de Martin Luther King est-il aujourd’hui accompli?

Le rêve de 1963 de Martin Luther King, cet espoir de liberté, de justice, de fraternité, ne s’est réalisé qu’en partie. Les lois de 1964 et 1965 – Civil Rights Act et Voting Rights Act – ont été de grandes victoires pour la communauté africaine-américaine. Bien plus tard, l’élection de Barack Obama a aussi été, d’une certaine manière, la réalisation du rêve de King: un président noir aux États-Unis, c’est une progression stupéfiante lorsqu’on se rappelle que l’esclavage n’a été aboli qu’en 1865! Il ne faut pas minimiser la portée symbolique de cet événement, même si le symbole ne fait pas tout… Obama n’avait pas l’intention d’être le président des Noirs, et il ne l’a jamais été.

D’un autre côté, plusieurs indicateurs socio-économiques montrent que dans les faits, l’égalité entre Blancs et Noirs est encore loin d’être atteinte, notamment en matière de revenus, de santé et d’espérance de vie, d’éducation, d’incarcération… Quant aux violences policières, un problème très ancien mais bien plus médiatisé aujourd’hui qu’auparavant, le plus bel hommage à la mémoire de King serait que le comportement de la police devienne indifférent à la couleur de peau. Mais nous en sommes encore loin.

Et pour les cinquante années à venir?

On se souvient de Martin Luther King pour son action forte ainsi que son message porteur et transgénérationnel. Mais ce qui me frappe dans toute l’effervescence autour du cinquantenaire de sa mort, c’est que l’essentiel ne semble pas tant être de se féliciter des changements accomplis dans les années 60, mais plutôt de faire en sorte que le combat continue. La force de King, c’est de continuer à insuffler l’espoir que le changement peut se poursuivre, même un demi-siècle après sa mort.

À titre personnel, je suis assez pessimiste sur la capacité actuelle des Américains à faire reculer les inégalités raciales, d’autant plus qu’on assiste depuis quelques années à un phénomène de polarisation raciale accrue. Mais des mouvements interraciaux comme March for Our Lives – une manifestation géante pour le contrôle des armes à feu au cours de laquelle on a notamment vu la petite-fille de Martin Luther King reprendre le fameux «I have a dream» de son grand-père – expriment tout de même une capacité de mobilisation à ne pas sous-estimer.

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