Cyberharcèlement: comment y faire face ?

Qu’est-ce que le cyberharcèlement ? Que faire et comment s’en protéger ? Le harcèlement sur Internet peut toucher tous les internautes et prend de nombreuses formes. Le Figaro vous donne quelques conseils pour se protéger et dénoncer les agressions les plus graves.

Des milliers de messages injurieux. Des montages photo. Des menaces et des intimidations sur soi ou ses proches. Le piratage de ses comptes personnels en ligne. De la diffamation ou l’usurpation de son identité. Même si sa définition varie, le cyberharcèlement est une réalité. Il reste pourtant un phénomène mal compris et dont la gravité est trop souvent sous-estimée. Bien des victimes se sentent impuissantes et n’osent pas témoigner.

Face au harcèlement en ligne, il n’existe pas de solution miracle. Selon son profil et le contexte du harcèlement subi, les réponses varient pour chaque individu ciblé par les harceleurs. Il existe néanmoins quelques réflexes utiles pour, d’une part, mieux se protéger, et, d’autre part, dénoncer ces actes lorsqu’ils se produisent.

● Connaître ses vulnérabilités

Pour se protéger un maximum de potentiels harceleurs, il faut être attentif aux traces que l’on laisse sur Internet, afin qu’elles ne soient pas utilisées à mauvais escient. Cela passe par quelques réflexes très simples. De temps en temps, cherchez votre nom sur Google et d’autres moteurs de recherche, comme Ask.com ou Bing. Inspectez les résultats: votre adresse personnelle se trouve-t-elle en ligne? Peut-on retrouver facilement votre mère, votre père ou vos frères et sœurs? Les projets que vous soutenez sur Patron? Des photos gênantes sont-elles associées à votre nom et votre prénom? Qu’en est-il de votre pseudonyme? Vous pouvez ensuite réagir comme vous l’entendez, selon le caractère plus ou moins privé des informations. Il n’est a priori pas problématique que votre compte LinkedIn soit accessible sur Google. C’est peut-être moins vrai pour vos photos de vacances. Supprimez ce que vous souhaitez et pouvez supprimer. Protégez les données les plus sensibles (voir ci-dessous). Dans certains cas, vous pouvez effectuer une demande de droit à l’oubli auprès du moteur de recherche, afin que des sites portant votre nom soient déréférencés. Il est enfin possible de demander à l’hébergeur d’une plateforme en ligne de retirer un contenu vous concernant, si vous n’êtes pas en mesure de le supprimer vous-même.

Sur Google, il est aussi possible de créer une alerte automatique, pour être prévenu de la publication d’un contenu en ligne portant votre nom ou votre pseudonyme, par mail. Cette option peut-être pratique pour repérer rapidement les articles ou les discussions sur des forums qui vous mentionnent. Pour ce faire, rendez-vous sur www.google.fr/alerts.

● Varier les identités

La plupart des plateformes encouragent l’utilisation de son nom et de son prénom. Pourtant, il s’agit rarement d’une obligation. Préférez les pseudonymes et changez-en pour chacun de vos comptes en ligne, si vous pouvez. De cette manière, on pourra vous tracer moins facilement en faisant des recherches en ligne. Facebook interdit l’utilisation des pseudonymes et demande à ses utilisateurs d’employer «le nom dont ils se servent au quotidien». En théorie. Dans les faits, il est généralement possible d’utiliser un nom d’emprunt, à condition que Facebook ne vous demande pas de confirmer votre identité pour des raisons de modération. Il peut s’agir d’une bonne option si vous voulez être plus discret sur le réseau social.

À noter qu’il est tout à fait possible de changer de pseudo plusieurs fois sur Twitter et YouTube, par exemple.

● Ne pas négliger ses mots de passe

L’un des risques, lorsque l’on est harcelé en ligne, est de voir ses comptes en ligne piratés. Il faut donc veiller à leur sécurité. Protégez vos comptes d’un mot de passe solide et différent pour chaque compte. L’utilisation d’un gestionnaire peut être précieuse si vous êtes inscrits sur des nombreux sites. Pensez par ailleurs à activer la double authentification pour les plateformes qui le proposent. Cette option – au nom un peu barbare – vous permet de vous connecter sur votre compte en deux étapes: avec votre mot de passe, puis un code que vous pouvez obtenir via, par exemple, un simple SMS. Vous pourrez parfois également avoir recours à une appli ou à une clé USB protégée. De cette manière, si une personne tente de forcer votre compte, vous en serez vite informé… et protégé. Sur Twitter et Facebook, cette option est disponible dans les paramètres, puis dans le menu dédié à la sécurité. On peut aussi l’activer sur YouTube, Instagram, Snapchat, Amazon, etc.

● Se cacher des personnes indésirables

Lorsque l’on est harcelé en ligne, il est tentant de ne pas se laisser faire et de répondre aux messages insultants. Cette méthode demande de l’endurance et peut être épuisante, voire contre-productive sur le long terme. Il n’y a pas de honte à se cacher de harceleurs.

Deux options s’offrent à vous, selon vos envies et les plateformes: bloquer ou «muter».

Bloquer. Dans ce premier cas, votre compte sera inaccessible à la personne, et vous ne verrez plus ses contenus non plus. Cette option est disponible sur Twitter (rendez-vous sur le profil concerné, appuyez sur l’icône en trois petits points verticaux en haut à droite, choisissez «bloquer»), Instagram (même fonctionnement), Facebook (rendez-vous sur le profil, puis cliquez sur l’icône «plus») ou Snapchat (appuyez sur l’icône de la personne, puis sur les réglages).

«Muter». Cette option, parfois appelée «cacher» ou «masquer», est légèrement différente. Elle permet de ne plus voir les contenus d’une personne. Cette dernière, en revanche, pourra toujours accéder à votre profil, mais elle ne sera pas informée qu’elle est «mutée». C’est une fonctionnalité utile si vous souhaitez gagner un peu de tranquillité d’esprit, sans alerter les personnes qui vous harcèlent. Sur Instagram, vous pouvez choisir de masquer seulement vos «stories».

● Passer ses comptes en «privé»

En cas de harcèlement, ou même avant, il peut être utile de veiller à l’étendue de son audience en ligne. Vos comptes Twitter et Instagram vous servent principalement à raconter votre vie et publier des photos personnelles? Mieux vaut les passer en privé. De cette manière, seules les personnes que vous acceptez peuvent consulter vos messages, photos et vidéos. Vous pouvez aussi retirer un utilisateur de votre liste de contacts quand vous le souhaitez. Cette option est disponible sur Twitter et Instagram. Faites attention: quand vous passez en privé, veillez ensuite à faire le tri dans vos contacts, afin de ne garder que les personnes en qui vous avez confiance.

Sur Facebook, vous pouvez aussi créer des catégories entre vos différents amis, afin que tout le monde n’ait pas accès à l’intégralité de vos contenus. Pour ce faire, cliquez sur le menu «Parcourir», à gauche de votre fil d’actualité, puis sur «Listes d’amis». Vous pouvez ensuite créer des groupes d’amis: par exemple, pour vos collègues, votre famille, vos amis proches, vos vagues connaissances. Ensuite, à chaque fois que vous publiez un contenu, vous pourrez choisir quelles listes peuvent le voir. Vous pouvez aussi choisir qui voit, par défaut, vos publications. Rendez-vous dans vos paramètres de confidentialité, «qui peut voir vos futures publications?», puis «personnalisé».

● Protéger ses communications privées

Si vous recevez des mails ou des messages indésirables, il est généralement possible d’en bloquer l’expéditeur. Sur Gmail, ouvrez la missive, puis cliquez sur l’icône «Autres», symbolisée par trois petits points. Vous pouvez alors choisir de bloquer un expéditeur. Vous pouvez aussi signaler ce message comme étant du spam: de cette manière, les autres mails lui ressemblant (utilisant un même type d’adresse email par exemple) seront considérés comme du courrier indésirable, et écartés de votre boîte de réception.

Vous pouvez aussi bloquer des contacts sur différentes applications de messagerie. Sur WhatsApp, rendez-vous dans le menu, puis dans les paramètres. Choisissez, dans l’ordre, les rubriques «mon compte», «confidentialité» puis «contacts bloqués». Ajoutez alors le contact que vous souhaitez bloquer. S’il s’agit d’un numéro inconnu, vous pouvez le bloquer directement dans la discussion. La procédure est la même sur Messenger.

Enfin, il est possible d’empêcher un numéro de contact de vous contacter sur iPhone ou sur Android, le système d’exploitation mobile de Google.

● Signaler les contenus problématiques

C’est la partie la plus frustrante, mais aussi la plus importante, quand on est victime de cyberharcèlement: signaler les contenus les plus violents. Toutes les plateformes en ligne sont tenues d’examiner les signalements des internautes. Elles doivent retirer les contenus manifestement illégaux (comme l’apologie du terrorisme ou le négationnisme), et peuvent ensuite être amenées à faire le ménage selon leurs propres règles. Généralement, elles interdisent explicitement le harcèlement et les menaces. De nombreux tutoriels pour apprendre à signaler les problèmes sur Twitter, Facebook, Snapchat, YouTube et d’autres plateformes sont disponibles en ligne, comme ceux proposés par le Centre Hubertine Auclert. Cela comprend aussi un guide pour réagir plus spécifiquement au «revenge porn», la diffusion de contenu intime sans l’autorisation de la personne.

Jeuxvidéo.com, un site français dont les forums ont déjà été impliqués à plusieurs reprises dans des affaires de cyberharcèlement, a récemment mis en ligne une page explicative pour signaler des contenus problématiques sur ses services.

Signaler un contenu problématique est un processus fastidieux: il faut parfois fournir des preuves, avec des captures d’écran, et expliquer en quoi une image, un message ou une vidéo nous pose problème. Par ailleurs, il n’est pas toujours assuré que l’on arrive à ses fins. Les grandes plateformes en ligne sont régulièrement critiquées pour leur manque de clarté dans la manière de modérer les contenus en ligne. Beaucoup ne sont pas retirés. Il faut néanmoins tenter. N’hésitez pas à mentionner les lois françaises qui peuvent appuyer votre signalement. Par exemple, la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, adoptée en 2014, punit les stéréotypes sexistes et les images dégradantes envers les femmes. Elle peut servir de base légale pour demander le retrait de contenus sexistes.

Il est aussi possible de signaler des contenus manifestement illicites sur Pharos (Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements). Gérée par le ministère de l’Intérieur, elle permet de signaler aux autorités tout contenu ou comportement illicite et public sur Internet. C’est le cas des principaux réseaux sociaux, mais aussi de forums ou d’autres sites moins importants. Les plateformes concernées peuvent ensuite être contactées par les autorités, et être sommées de retirer certains contenus.

● Porter plainte et garder des preuves

On a tendance à l’ignorer, mais on peut absolument porter plainte en cas de cyberharcèlement. Cette procédure peut être faite en commissariat ou à la gendarmerie. Il est conseillé de collecter le plus de preuves possible, au travers de captures d’écran. Cela sera utile si les agresseurs suppriment finalement les contenus, ou qu’ils disparaissent d’une manière ou d’une autre. Un mineur peut débuter cette procédure seul en signalant les faits, par exemple dans le cadre d’un cyberharcèlement scolaire. Néanmoins, il sera nécessaire que ses parents déposent plainte en son nom, afin de se constituer partie civile.

Même si vous ne connaissez pas l’identité de vos agresseurs, une enquête peut permettre de les retrouver. Par exemple, la journaliste Nadia Daam, victime d’une campagne de cyberharcèlement particulièrement violente, a porté plainte, entraînant l’identification de sept suspects, dont le procès doit se tenir en juillet.

En France, le Code pénal prévoit des sanctions pour punir le harcèlement moral et/ou sexuel, de manière individuelle à travers des actions répétées. Par ailleurs, le projet de loi contre les violences sexuelles et sexistes, déjà adopté à l’Assemblée nationale, prévoit de punir les actions de cyberharcèlement groupé. Une personne pourra être condamnée même si elle n’a envoyé qu’un seul message dans le cadre d’un «raid».

● Ne pas avoir honte

Le cyberharcèlement est malheureusement un phénomène fréquent, qui touche tout type d’internautes. Souvenez-vous en: rien ne justifie, ou ne mérite, d’être harcelé en ligne. Même si vous communiquez fréquemment en ligne, que vous publiez souvent des photos de vous ou que vous aimez partager votre opinion. Tout le monde a le droit de naviguer sur Internet comme il l’entend, à condition de respecter les lois et les autres. Enfin, si vous êtes victimes de cyberharcèlement, il est souvent utile d’en parler à un ou des proches de confiance, ou même à un médecin, si vous en ressentez le besoin.

Et si le cyberharcèlement touche mes proches?

Les conseils donnés ci-dessus sont aussi valables si vous êtes témoin d’une affaire de cyberharcèlement. La plupart des grandes plateformes en ligne permettent de signaler les contenus problématiques en tant que tiers. Un dernier conseil: ne cherchez pas à défendre publiquement votre proche en ligne, sauf si la personne vous le demande. Il s’agit d’une action bien intentionnée, mais pas forcément très utile. Vous risquez vous-même d’être victime de cyberharcèlement, et, parfois, d’aggraver le problème pour votre ami(e), en attirant un peu plus l’attention sur lui ou elle. Soyez à l’écoute de ses besoins.

 

 

Figaro

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