De la souris d’ordinateur aux jeux vidéo, pourquoi les marques regardent dans le rétro

Souvenirs d’une époque révolue et volonté d’augmenter les ventes, plusieurs marques reviennent à leurs premiers amours dans le domaine de l’électronique.

Le passé aurait-il de l’avenir? Microsoft a annoncé cette semaine la sortie, aux États-Unis, d’une réédition de sa souris Intellimouse. La dernière née du nom datait de 2006, digne héritière d’une lignée qui a connu son heure de gloire dans les années 90. Sa nouvelle version de 2018 a perdu la boule directionnelle et embarque une technologie laser, plus précise. Pourtant le design de l’époque est bien là, le câble USB aussi, à contre-courant de la technologie Bluetooth maintenant très répandue pour ce genre d’appareils. Périphériques informatiques, jeux vidéo et téléphonie: d’autres grands acteurs du numérique ont fait le choix de ressortir leurs anciens produits phares, à quelques modifications près. Comment expliquer le retour en force de ces appareils au look vieillot et aux capacités limitées?

Les exemples sont nombreux. En 2017, Bandai, à l’origine des célèbres Tamagotchi, a décidé de donner une nouvelle jeunesse à son jeu qui avait envahi les cours de récré, dans une édition limitée à 8500 exemplaires. HDM Global, une société finlandaise qui exploite la licence Nokia, a elle aussi ressorti les anciens succès de la marque. Elle a imaginé une nouvelle version du Nokia 3310, désormais compatible 4G et en couleurs, l’année dernière, et prévoit de relancer en juillet prochain le 8110, téléphone culte de Neo dans le film Matrix. Légèrement incurvé comme dans sa version d’origine, il proposera quelques fonctionnalités modernes avec un magasin d’applications référençant les indispensables comme Google Maps ou Facebook.

Le phénomène du rétro touche particulièrement le milieu des jeux vidéo. En 2016, Nintendo a dépoussiéré sa console des années 80, la NES (Nintendo Entertainment System). La NES Mini (nom choisi pour son format réduit) était proposée en édition très limitée. Les clients se sont vite arrachés la console dans les magasins et en ligne. Résultat: 2,3 millions de ventes dans le monde et des ruptures de stock régulières. Nintendo a finalement relancé la production de l’appareil. La réédition de la Super Nintendo des années 90, en septembre, a elle aussi été une réussite. «Ce sont des produits qui connaissent des pénuries si rapidement qu’on n’a presque jamais pu les vendre en magasin», confie Romain Renouvin, en charge des jeux vidéo pour le groupe Fnac-Darty, au Figaro. «Tout partait en quelques minutes en précommandes sur notre site.» Cette tendance se traduit aussi sur les jeux avec la réédition en juin 2017 de Crash Bandicoot, très populaire dans les années 90. Elle s’est placée dans le top 10 des meilleures ventes de jeux de l’année. «Depuis plus d’un an, on a dédié des linéaires [espaces dans les rayonnages, NDLR] au «rétrogaming» dans lequel on vend des consoles, des jeux, des accessoires réédités», explique le responsable Fnac-Darty.

Consommer pour revivre ses souvenirs

La jeune génération connaît des technologies très différentes de celles de ses aînés. Les uns ont connu l’essor du mobile et de l’ordinateur personnel, les autres celui de la télévision. Or, le petit écran offre une interaction sociale limitée contrairement au téléphone ou aux jeux vidéo. «La consommation fait partie de la vie. La télévision était très lointaine, un écran au bout d’une pièce face à un canapé, et ne produit pas ou peu d’«être ensemble» [de partage et d’interaction avec l’autre, NDLR]», explique Patrice Duchemin, sociologue de la consommation et rédacteur à l’Œil de l’Observatoire Cetelem. «Le téléphone mobile et les ordinateurs sont beaucoup plus dans le domaine de l’intime, plus près du corps.» Ainsi, les utilisateurs ont créé un lien relationnel fort avec ces objets souvent liés à l’échange avec des amis. Un vieux téléphone, une souris des années 90, un Tamagotchi sont autant de moyens de revivre des instants de plaisir collectif de jeunesse.

Pour les plus jeunes, ces objets du passé revêtent également une dimension esthétique. On porte le produit, on le montre et on en fait un accessoire tendance, un outil d’expression de son identité dans l’univers social. Les réseaux sociaux ont également un rôle primordial pour se créer une représentation de soi. L’utilisateur va partager ses achats et montrer qu’il suit les tendances. De leur côté, les marques qui misent sur le rétro veulent devenir générationnelles, imprimer leur popularité au sein de chaque classe d’âge. «Nokia était là quand vous étiez enfant, Nokia est là pour vous accompagner adulte et demain quand vous serez en maison de retraite, vous penserez encore à votre vieux Nokia», assure Patrice Duchemin. Le produit vous suit tout au long de la vie.

Pour autant, les marques s’en tiennent à des rééditions en quantité très faibles. Et ces objets d’un autre temps remis au goût du jour sont vendus à des prix relativement élevés. Ainsi, le Nokia 3310 nouvelle génération est commercialisé entre 50 et 70 euros selon les distributeurs, malgré ses capacités techniques limitées. Les entreprises proposent un objet rare, que les consommateurs s’arrachent et vont même parfois revendre encore plus cher. «Le collector a de la valeur, car la consommation produit de la consommation», conclut Patrice Duchemin.

 

Figaro 

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