Les pencs Lebou de Dakar

Le penc est cet espace symbolique où se retrouvent les membres de la communauté pour discuter, légiférer, juger ou célébrer. La collectivité lebou de Dakar en compte douze qui font partie de l’histoire de la communauté. Monsieur Abdou Khadre Gaye, président de l’ONG Emad, nous raconte l’histoire de l’arrivée des Lebous à Dakar et l’installation des pencs.

ARRIVÉE DES LEBOUS À DAKAR

Lorsque le peuple Lebou quitte le Djolof pour Dakar il y a 5 siècles, il trouve déjà installés les Socés ou Mandingues. Les deux peuples vont cohabiter sans anicroches pendant 50 ans, avant que la discorde ne s’installe, poussant les Socés à s’exiler vers le sud du pays.

Devenus les maîtres des lieux, les Lebous s’organisent en une société dans laquelle chacun à un rôle précis à jouer, et où les décisions concernant la communauté sont prises par l’assemblée des Diambours et exécutées par celle de Freys. On comprend qu’ils n’auront pas attendu le colon pour avoir un modèle de société démocratique que beaucoup de visiteurs des siècles passés qualifieront de République.

Le premier village crée dans cette partie de la presqu’ile du Cap Vert s’appelle alors Mboukhekh et se situe vers le quartier Grand Médine où vit toute la communauté. Après une brouille, le noyau éclate en deux groupes. Le premier groupe va créer les villages de Yoff, Ngor et Ouakam, pendant que le deuxième crée Begne (du côté du quartier Yarakh) et Soumbédioune (vers l’actuel village artisanal de Dakar).

Alors que la communauté a trouvé son équilibre et s’est implantée tout le long de la côte au niveau du Plateau, elle voit sa quiétude voler en éclats avec l’arrivée des Français.

Après quelques temps de cohabitation sans heurts, les nouveaux arrivants ne voient pas d’un très bon œil que les autochtones occupent cette partie de la ville à proximité de la mer. Ils cherchent donc le moyen de repousser les populations hors de la zone du Plateau et prennent comme prétexte une épidémie de peste pour les cantonner ailleurs en 1914. C’est ainsi que les autochtones se retrouvent à la lisière de la ville, à la Médina, laissant derrière eux six de leurs pencs au Plateau, lorsque le déguerpissement fut stoppé par une révolte des populations autochtones au moment où la guerre éclate en Europe.

LES DOUZE PENCS DE DAKAR, DES VILLAGES CENTENAIRES AU CŒUR DE LA CAPITALE DE SÉNÉGAL

Lorsqu’une communauté décidait de s’implanter quelque part, elle prenait en compte les arbres qu’elle y trouvait. Car l’arbre est le socle d’un village, d’un foyer, et il est choisi pour sa longévité et son utilité. Chez les Lebous, les habitations étaient construites autour d’un arbre qui servait de lieu de rencontre pour les habitations (une sorte d’arbre à palabres) appelé Penc. C’est par la suite que l’appellation Penc renvoie au village et non plus uniquement à cet espace de rencontre.

Dakar compte 121 villages traditionnels et plusieurs collectivités dont celle dite de Ndakarou qui compte douze penc :

  • Thieudeme (qui englobe le marché Sandaga)
  • Yakhdieuf (entre les Avenues Abdou Karim Bourgie et Faidherbe)
  • Gouye Salam (qui englobe le collège Abbé Pierre Sock)
  • Kayefindew (Avenue Malick Sy, Pompier)
  • Mbot (Vers la gendarmerie Thionk et l’école Mame Yacine Diagne)
  • Hock (Ministère de l’Intérieur, Maison des anciens combattants)
  • Santhiaba (Médina rue 22 x 17)
  • Thierigne (Rue 22 jusqu’au Boulevard du Général de Gaule)
  • Mbakana (Rue 11 en face du stade Iba Mar Diop)
  • Dieko (Avenue Blaise Diagne, au-delà de la maison de la culture Douta Seck)
  • Ngaraf (Au sud de Dieko, en allant vers le Boulevard Samba Gueye)
  • Kaye Ousmane Dieye (Accolé à Ngaraf, sur son flanc sud)

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