Londres veut un « changement radical » de l’UE sur la question irlandaise

Le ministre britannique chargé du Brexit, Dominic Raab, a estimé jeudi qu’il fallait que l’Union européenne change radicalement son approche de la question de la frontière irlandaise, principal obstacle sur la voie d’un accord de divorce entre Londres et Bruxelles.

Cette frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord est appelée à devenir, après la sortie britannique de l’UE, la seule frontière terrestre entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Bruxelles comme Londres veulent éviter le rétablissement d’une frontière « dure », susceptible de perturber les échanges économiques et commerciaux entre les deux parties de l’île et de mettre à mal les acquis de l’accord de paix de 1998 en Irlande du Nord.

Mais ils n’ont pas encore trouvé une solution commune pour garder cette « frontière ouverte ».

« Je crois qu’il doit y avoir un changement radical dans l’approche (de cette question) par l’UE, et les Européens devront faire la moitié du chemin », a déclaré Dominic Raab, interrogé par la BBC sur ce point ardu de la négociation entre Londres et Bruxelles.

La semaine dernière, Michel Barnier, le négociateur en chef de l’Union européenne, s’est dit prêt à rechercher de nouvelles voies pour résoudre ce problème.

Dominic Raab, qui a succédé à David Davis il y a deux mois, a parallèlement fait part de sa confiance dans la possibilité de parvenir à un accord avec Bruxelles à condition, a-t-il dit, que les négociateurs européennes fassent preuve d’un pragmatisme équivalent à celui de ses équipes.

« A chaque fois que nous nous rencontrons, nous faisons des progrès », a-t-il dit.

SOLUTION DE DERNIER RECOURS

La question irlandaise est au coeur des négociations sur l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’UE depuis que Londres a formellement lancé la procédure de divorce, en mars 2017.

Définissant le mois suivant le cadre des négociations http://www.consilium.europa.eu/media/21749/29-euco-art50-guidelines-fr.pdf, les Vingt-Sept ont été clairs: « Compte tenu de la situation particulière de l’île d’Irlande, il faudra trouver des solutions souples et imaginatives, notamment pour éviter la mise en place d’une frontière physique, tout en respectant l’intégrité de l’ordre juridique de l’Union », ont-ils exigé.

Vingt ans après l’accord du Vendredi-Saint qui a mis fin en 1998 à trois décennies de violences en Irlande du Nord, les 500 kilomètres de frontière irlandaise sont devenus invisibles et les postes de contrôle militaires ont été retirés.

Mais comment contrôler les biens transitant entre l’UE et le Royaume-Uni via l’Irlande s’il n’y a plus de frontière et si la province britannique d’Irlande du Nord quitte l’union douanière et le marché commun mis en place par l’UE ?

Lors du conseil européen de décembre dernier, Theresa May a donné son accord de principe à une solution dite de « backstop », une clause de sauvegarde qui s’appliquerait en dernier recours – si Londres et Bruxelles ne parviennent pas à s’entendre sur une solution – pour éviter le retour de contrôles douaniers entre l’Irlande et l’Irlande du Nord en maintenant le province britannique au sein de l’union douanière et du marché unique.

Mais la Première ministre britannique a par la suite protesté contre la solution proposée par les Européens https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/infographic_on_the_eu_backstop_proposal.pdf qui reviendrait à faire de l’Irlande du Nord un territoire douanier distinct du reste du Royaume-Uni.

Le Parti conservateur et les élus nord-irlandais du Parti unioniste démocratique (DUP), dont l’appoint est vital pour la majorité parlementaire de May, rejettent catégoriquement l’idée que la frontière soit déplacée de ce fait quelque part en mer d’Irlande, qui sépare l’Irlande du Nord du reste du Royaume-Uni.

« La dislocation économique et constitutionnelle d’un ‘pays tiers’ par une frontière douanière à l’intérieur de notre propre pays est une chose que je n’accepterai jamais et qu’aucun Premier ministre britannique, je pense, ne pourra jamais accepter », a prévenu Theresa May cet été.

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