Macron au Vatican : opération reconquête

Le président français se rend mardi au Vatican pour une rencontre cruciale avec le pape François. Une nouvelle étape dans sa (re)conquête de l’électorat catholique.

Entre eux, cela n’avait pas vraiment bien commencé. Dans l’entre-deux tours de la présidentielle, le pape François n’avait pas voulu appeler à voter Emmanuel Macron. Pas vraiment un choix du cœur, plutôt un aveu d’ignorance de la part du souverain pontife : « Je sais que l’un [des candidats] représente la droite, mais l’autre, je ne sais pas d’où il vient », avait-il alors déclaré.

Mardi, Emmanuel Macron viendra tout droit de l’Élysée pour rencontrer le chef de l’Église catholique. Un déplacement très attendu, scruté de près, qui doit permettre d’aborder des sujets d’actualité brûlants. Pour le président français, il s’agit autant de se prêter à la tradition que de faire du pape un allié sur la scène internationale et d’envoyer un message aux électeurs catholiques.

Que va faire le président au Vatican ?

Le programme d’Emmanuel Macron est chargé. Il commence, selon l’hebdomadaire catholique La Vie, par un petit-déjeuner avec les représentants de la communauté Sant’Egidio. Des laïcs catholiques très actifs dans l’accueil des migrants, présents en Afrique et au Moyen-Orient, et engagés dans la médiation internationale et interreligieuse.

L’audience privée avec le pape a lieu à 10h30, au Palais apostolique, et doit durer environ 25 minutes. Exactement le temps imparti traditionnellement par le souverain pontife aux personnalités qu’il rencontre. Puis, Emmanuel Macron a rendez-vous avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège. Celui-ci doit également l’accompagner à un déjeuner avec les cardinaux français à l’ambassade de France.

À 14h30, Emmanuel Macron reçoit son titre de Chanoine honoraire de l’église romaine de Saint-Jean de Latran dans la basilique Saint-Jean du Latran de Rome. Celui-ci, honorifique, lui revient de droit en tant que chef d’État français. Mais il ne faut pas s’attendre à un discours du président, qui se devrait se contenter d’une conférence de presse depuis la Villa Bonaparte en fin de journée.

Et avec qui ?

Emmanuel Macron sera accompagné de sa femme, Brigitte, et d’une vingtaine de personnes. Parmi elles, deux ministres : Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Gérard Collomb (Intérieur). Dans les élus et parlementaires qui sont du voyage, on retrouve Xavier Breton, député LR de l’Ain et président du groupe d’étude sur les relations avec le Saint-Siège à l’Assemblée nationale. Le sénateur Christian Cambon, président de la Commission des affaires étrangères du Palais du Luxembourg, et Jean-Dominique Durand, adjoint au maire de Lyon délégué au Patrimoine et aux Cultes, sont aussi de la partie.

Des représentants d’association, comme Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique, ou des personnalités du monde de la culture, comme l’écrivain Xavier Emmanuelli ou le directeur du journal La Croix Guillaume Goubert, complètent la délégation.

De quoi Macron va-t-il parler avec le pape ?

Plusieurs sujets seront mis sur la table par le pape et Emmanuel Macron lors de leur entrevue. Les deux hommes peuvent notamment trouver des points de convergence sur le multilatéralisme et la construction européenne, que le président de la République défend farouchement. La question des chrétiens d’Orient pourrait aussi être abordée, ainsi que celle de l’environnement, alors que le pape François s’est illustré avec, en 2013, la publication d’une encyclique entièrement dédiée au sujet.

Quels sont les potentiels points de crispation ?

L’Élysée ne s’attend pas qu’à des discussions faciles avec le souverain pontife. Car sur de nombreux sujets, lui et le président français ne sont pas sur la même longueur d’onde. Alors que le pape François a appelé, à de nombreuses reprises, à l’accueil des migrants, la politique migratoire française n’en suit pas le chemin, et la récente crise de l’Aquarius vient en apporter une preuve supplémentaire. Sur la bioéthique aussi, des désaccords sont à prévoir, alors que le gouvernement a promis l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes d’ici à la fin du quinquennat.

Moins évident mais tout aussi problématique sera le sujet du nucléaire, si jamais il venait à être abordé. Le Vatican s’est en effet prononcé pour l’abolition totale des armes atomiques alors que la France préfère défendre la non-prolifération.

Quels sont les enjeux de cette visite ?

Pour Emmanuel Macron, l’enjeu de cette visite est double. D’abord, bien sûr, tisser des liens avec le leader de l’Église catholique. C’est un passage obligé diplomatique, que ses prédécesseurs ont suivi avant lui. Et le président devrait en profiter pour inviter le souverain pontife en France (sans garantie de succès). À titre plus personnel, le chef de l’État, baptisé mais « agnostique » aujourd’hui, s’est dit sensible à une forme de « transcendance ».

Un président prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir.

Par ailleurs, Emmanuel Macron est persuadé qu’il faut restaurer des liens distendus avec les électeurs catholiques. « Un président prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir », avait-il d’ailleurs déclaré lors de son discours aux Bernardins devant la communauté catholique française, en avril dernier. Le chef de l’État avait alors appelé à « réparer » le lien « abîmé » entre l’Église et l’État.

L’électorat catholique, traditionnellement plutôt de droite mais pas tant porté vers l’extrême droite, a pu être perturbé par la ligne prônée par le président des Républicains, Laurent Wauquiez. Il y a donc une vraie carte à jouer, veut-on croire dans l’entourage présidentiel. « Wauquiez est en plein dérive », confie un proche au Parisien. « Même s’il faisait un pèlerinage Paris-Lourdes à genoux, ça ne prendrait plus. Les catholiques ne sont plus dupes. »

Faut-il craindre des faux pas ?

Le déplacement d’Emmanuel Macron sera scruté de près. Le simple fait de recevoir le titre honorifique de Chanoine de Latran, tradition qui remonte Henri IV, fait déjà débat. Dans l’opposition de gauche, on estime cet usage contraire à la laïcité. « En tant que président de la République laïque, il n’est pas correct de recevoir ainsi un titre religieux, même de manière honorifique », estime ainsi le député Insoumis Alexis Corbière dans La Croix. « Au contraire, Emmanuel Macron devrait rompre enfin avec cette tradition d’Ancien Régime. »

L’Élysée, qui a anticipé ces critiques, démine en rappelant qu’il ne s’agit là que d’un titre honorifique et que le chef de l’État « ne reviendra pas en robe de bure ». Mais le risque d’un faux pas est loin d’être sous-estimé. Il est d’ailleurs minimisé avec le refus d’Emmanuel Macron de faire un discours. Nicolas Sarkozy, lui, s’était frotté à l’exercice. Et avait déclaré que « l’instituteur ne pourra[it] jamais dépasser le curé ou le pasteur », provoquant un véritable tollé.

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