Syrie : le régime met ses hommes en état d’alerte

Dans l’anticipation de frappes américaines ou françaises, l’armée syrienne a commencé à évacuer les plus importantes de ses bases aériennes, transférant sur les bases russes son armement le plus sophistiqué et renforçant sa coopération avec la Russie et l’Iran.

Alors que la pression militaire monte contre la Syrie, Bachar el-Assad a placé ses forces armées «en état d’alerte» pour les trois jours à venir dans les aéroports et les bases militaires du pays, croit savoir l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basé à Londres.

«Lundi, les Syriens avaient commencé de vider les plus importantes de leurs bases aériennes», confirme un expert au Moyen-Orient. La base de Doumair, dans la région du Qalamoun, près de Damas – de là où ont décollé les avions qui ont bombardé l’ex-fief rebelle de la Ghouta orientale ces dernières semaines – a été l’une des premières à être évacuée. De la même manière, les principaux quartiers généraux de l’armée auraient été vidés. Sur pratiquement toutes les bases aériennes syriennes, des soldats russes étaient présents jusqu’à maintenant aux côtés des Syriens, voire parfois des Iraniens.

Selon une source onusienne, des avions militaires syriens ont également été transférés vers la base russe de Hmemim, près de Lattaquié, sur la côte méditerranéenne, dans le fief des Assad. Les bases russes de Hmeimim et de Tartous seront, selon toute vraisemblance, épargnées par d’éventuelles frappes américaines et françaises, comme l’a assuré Emmanuel Macron mardi soir.

«Les Syriens ont cherché à mettre à l’abri leurs armes sophistiquées», précise l’expert.

Ces derniers jours, à mesure que la menace d’une frappe américaine voire française se faisait pressante, Russes, Iraniens et Syriens ont renforcé leur coopération. Selon nos informations, Qassem Souleimani, le patron de la force iranienne Al-Qods, le bras armé de Téhéran hors de ses frontières, était en Syrie. Téhéran possède environ 2000 conseillers militaires auprès de Bachar el-Assad. Ils constituent des cibles pour Israël, mais aussi pour les États-Unis de Donald Trump, décidés à «rogner les ailes» de Téhéran hors de ses frontières.

Outre la gestion du contingent iranien, la présence récente de Qassem Souleimani en Syrie pourrait suggérer la préparation d’une riposte à des frappes occidentales. «Ils ont les moyens de viser des soldats américains encore présents en Irak et en Syrie, même si cela s’avère plus difficile», prévient l’expert.

La semaine dernière, un soldat américain et un Britannique sont morts lorsque leur convoi a sauté sur un engin explosif improvisé posé (IED) au sud de Manbij, ville du nord où sont déployés plusieurs centaines de militaires américains. L’attaque à l’IED était fréquente contre le contingent américain en Irak dans les années 2005-2010.

Avant même cette dernière crise, les Russes ont renforcé le déploiement de leur système de défense antiaérienne, notamment les missiles antimissiles S300 et S400. «Ces dispositifs doivent assurer la sûreté des zones considérées comme les plus sensibles, leurs bases d’abord, mais aussi les points critiques du régime syrien», décrypte un expert militaire français. Mais, ajoute-t-il, «si la décision était prise de frapper, Français et Américains parviendraient à contourner ces contre-mesures, comme les Israéliens ont réussi à le faire dans la nuit de dimanche à lundi quand ils ont frappé la base aérienne de T4 près de Homs, mais l’effet sera limité et cela devrait être one shot».

Bachar el-Assad ou son palais pourraient-ils être une cible? Emmanuel Macron semble l’exclure. «Je ne sais pas où il est, affirme un fin connaisseur du régime syrien au Liban, mais il n’est certainement plus au Palais du peuple, sur le mont Qassioun en surplomb de Damas». L’enceinte est gardée par la IVe Division, postée autour du palais. Maher, le frère de Bachar el-Assad, est le chef d’état-major de cette unité d’élite historiquement en charge de la citadelle damascène.

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