Coronavirus: les économies du Golfe essuient une nouvelle crise

Les six États arabes du Golfe sont eux aussi touchés de plein fouet par la pandémie de coronavirus. Environ 4 500 cas positifs au Covid-19 ont été rapportés par les autorités sanitaires. Plus de 30 décès ont aussi été enregistrés. Dans ce contexte, des mesures de confinement ont été décidées dans chacune des monarchies. Celles-ci entraînent un ralentissement global de l’activité économique, ressenti différemment selon les États.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) tentent de coordonner leur action. De nombreuses mesures financières ont été adoptées à l‘échelle nationale pour atténuer les répercussions économiques d‘une crise sanitaire mondiale. Mais tous les États ne sont pas sur le même pied d‘égalité.

Oman et Bahreïn face à la crise

La fragile économie du sultanat d‘Oman, par exemple, est bien moins armée que celle de ses voisins. Dès le départ, le sultanat a certes pris des mesures strictes pour enrayer la propagation du virus. Stratégie d‘ailleurs gagnante car moins de 300 cas positifs au Covid-19 ont été enregistrés dans le pays. Mais ces mesures entraînent un ralentissement inévitable de l‘activité économique alors que le pays fait face à une situation financière critique depuis 2014. Il s‘agit donc là du premier défi majeur pour le nouveau sultan Haitham ben Tarek al-Saïd qui a succédé à son cousin le 11 janvier 2020. Car selon Scott Livermore, économiste en chef chargé du Moyen-Orient au sein du cabinet d‘études Oxford Economics, le sultanat « doit faire des économies là où c‘est possible. D‘importants remboursements de dette doivent intervenir au cours des deux prochaines années ».

Le Bahreïn devrait aussi s‘en sortir plus difficilement que ses voisins. Manama a néanmoins adopté un ensemble de mesures variées pour soutenir son économie. « Des mesures similaires à celles adoptées en Europe et qui donnent aux entreprises de bonnes chances de survie face à la crise », estime Scott Livermore. Ces entreprises « pourront ainsi contribuer à la reprise économique du pays », poursuit l‘économiste.

Un avis partagé par Cinzia Bianco, chercheure associée au European Council on Foreign Relations. Selon elle, « le pays pourra probablement compter sur les bailleurs de fonds externes comme l’Arabie saoudite ou encore les Émirats arabes unis » pour lui venir en aide.

Renforcer les mesures financières pour soutenir l‘économie

L‘Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et aussi le Koweït sont en effet dans une situation plus favorable. Une note du cabinet d‘études Oxford Economics publiée le 31 mars estime d‘ailleurs que ces pays « sont financièrement solides et peuvent ainsi se permettre un soutien budgétaire plus important ». Les mesures fiscales pour contrer cette crise sont toutefois « limitées » dans ces pays. Elles ne s‘élèvent qu‘à hauteur de 1,4% du PIB dans le meilleur des cas, contre 26,6% à Bahreïn.

L‘économiste Scott Livermore alerte donc : « Les autorités ont agi de manière décisive et précoce, mais les conséquences du coronavirus ont évolué rapidement. Sans un soutien politique plus important et plus large, le risque est que de nombreuses entreprises, en particulier les PME, cessent leur activité. Cela pourrait avoir des conséquences à plus long terme et peser sur la capacité du CCG à se remettre de l’impact économique du coronavirus ».

De son côté, le Qatar « est relativement moins vulnérable » ,estime l‘économiste. En effet, ce dernier profite d’un excédent budgétaire obtenu l‘année dernière, et dispose également de réserves disponibles importantes pour financer les déficits à venir. Mais Scott Livermore nuance là aussi : le Qatar est « loin d’être à l’abri ».

L’ombre de la guerre des prix du pétrole

Le 6 mars dernier, Moscou a refusé de baisser sa production pétrolière. Un refus auquel Riyad a riposté en annonçant augmenter considérablement la sienne. Conséquence directe, le prix du baril a nettement chuté. Il s’agit « du pire moment possible pour avoir les prix du pétrole au plus bas depuis 17 ans », estime Cinzia Bianco. Pour Scott Livermore, « si les prix du pétrole restent indéfiniment aux niveaux actuels, [les pays du Golfe] devront procéder à des ajustements budgétaires ».

Une autre crise économique plane donc sur les pétromonarchies du Golfe.

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