Coronavirus : selon certains médecins, l’épidémie est plus grave que prévu

L’apparition de cas graves qui ne touchent plus seulement des personnes fragiles et âgées inquiète. Cela risque d’accroître la pression sur les services de réanimation.

Les discours ont changé. Depuis quelques jours, l’inquiétude a grandi dans le monde hospitalier, et certains médecins déclarent aujourd’hui que l’épidémie de coronavirus à laquelle la France et une bonne partie des pays du monde font face, est « plus grave que prévue ». Emmanuel Macron l’a dit, jeudi soir, lors de son allocution télévisée : « Il faut se préparer à une deuxième vague qui touchera, un peu plus tard, des personnes plus jeunes a priori moins exposées à la maladie mais qu’il faudra soigner également » .

Dans un article du Parisien, le chef du service infectiologie de l’hôpital Tenon, à Paris insiste : « Le coronavirus ne joue pas dans la même cour que la grippe ». Ce médecin alerte ainsi sur l’apparition de cas graves chez des personnes jeunes et en bonne santé. « Il n’est plus rare de voir des jeunes de 30 ou 40 ans, sans pathologie », constate Gilles Pialoux qui ajoute dans le quotidien : « C’est la réalité du terrain. Le cercle s’élargit ».

Le 10 février, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon rappelait d’ailleurs que le Covid-19 n’est pas « une gripette ». « Il peut donner des formes graves sur des personnes pas si âgées que ça » expliquait-il lors d’un point presse.

Les services de réanimation au coeur du dispositif

Dans Le Parisien, le secrétaire général adjoint de la Société française d’anesthésie et de réanimation estime lui aussi que « la contamination est telle qu’on finit par avoir également des formes critiques chez des jeunes ». Sa propagation rapide entraîne donc logiquement un accroissement du nombre de personnes devant être placées en service de réanimation. Dans ces services, l’immense majorité des patients, plus de 80%, est sauvée rappelle le quotidien.

Selon une étude du Centre chinois de prévention des maladies, le taux de mortalité du virus chez les personnes âgées de plus de 80 ans s’élève à 14,8% mais n’atteint que 0,2% chez les malades de 30 à 39 ans.

L’autre question qui se pose est désormais celle de la capacité du système hospitalier à prendre en charge un nombre important de patients dans les services de réanimation. Dans une tribune publiée jeudi, les journalistes de médias français et francophones qui suivent la situation en Italie tirent la sonnette d’alarme. La France et l’Europe doivent tirer les leçons de la gestion du coronavirus par les autorités italiennes et « prendre la mesure du danger », estiment-ils.

« Décalage spectaculaire »

« Journalistes en Italie pour des médias français et francophones (…), nous avons pu constater la progression fulgurante de la maladie », écrivent les signataires, évoquant « la situation tragique dans les hôpitaux, les services de thérapie intensive saturés, le triage des patients, ceux – les plus faibles – que l’on sacrifie faute de respirateurs artificiels suffisants ». Ils estiment en outre qu’il existe « un décalage spectaculaire entre la situation à laquelle nous assistons quotidiennement dans la péninsule et le manque de préparation de l’opinion publique française à un scénario, admis par l’énorme majorité des experts scientifiques, de propagation importante, si ce n’est massive, du coronavirus ».

« Souvent, les retours qui nous arrivent de France montrent qu’une grande partie de nos compatriotes n’a pas changé ses habitudes. Ils pensent qu’ils ne sont pas menacés, surtout lorsqu’ils sont jeunes. Or, l’Italie commence à avoir des cas critiques relevant de la réanimation dans la tranche d’âge 40-45 ans », préviennent ces correspondants français en Italie, qui travaillent notamment pour l’AFP, Radio France, France Télévisions, La Croix, Libération, France 24, Radio Vatican, Imedia, L’Opinion, RTS, Le Temps

En France, la Société française d’anesthésie et de réanimation se veut rassurante. « On a de la marge, on n’est pas pris de cours », tempère Jean-Michel Constantin. La France possède 336 services de réanimation, avec en moyenne 8 lits, souligne Le Parisien.

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