« Depuis la fusillade de Parkland, je ne me sens plus en sécurité à l’école »

Un mois et demi après la fusillade de Parkland, des dizaines de milliers de jeunes ont défilé samedi à Washington pour un meilleur contrôle des armes à feu. Une « Marche pour nos vies » qui fait office d’avertissement pour les élus.

Les rues de Washington étaient à nouveau noires de monde, samedi 24 mars, pour la « Marche pour nos vies ». Cette fois, les manifestants, dont une bonne part d’adolescents, sont venus faire pression sur les élus pour obtenir un contrôle accru des armes à feu aux États-Unis. « Faisons primer les USA sur la NRA (le lobby des armes américain, NDLR) ! », a lancé David Hogg, un des lycéens de Parkland, en Floride, dont les camarades ont été tués en février. « Si vous tendez l’oreille, vous pouvez entendre que les personnes au pouvoir tremblent, a-t-il assuré, à quelques centaines de mètres Congrès. Nous allons en faire une question de vote, dans chaque élection, dans chaque État, dans chaque ville. »

« Les hommes politiques pensent au présent mais ils ne se rendent pas compte que nous sommes la nouvelle génération. Ils ne nous prennent pas au sérieux car nous sommes des enfants », relèvent Isabella, 14 ans et sa sœur Maya, 12 ans, qui avouent avoir peur d’aller en cours depuis qu’un de leurs camarades de classe a proféré des menaces contre leur collège. « Les exercices d’entraînement aux situations de fusillade lors desquels notre école est bouclée, nous ne les prenons pas vraiment au sérieux car nous nous imaginons toujours qu’une tuerie chez nous est improbable. Du coup, nous ne sommes pas préparées. »

« Depuis Parkland, je ne me sens plus en sécurité à l’école », confirme Jack O’Keeffe, 15 ans. « C’est pourtant un endroit qui est censé être sûr pour les enfants. Cette situation, c’est le gouvernement qui en est responsable », accuse-t-il. Son établissement d’Alexandria, en Virginie, a été bouclé trois fois pour des exercices de préparation aux tueries de masse depuis le drame de Parkland. « C’est à la fois rassurant et encore plus stressant. Maintenant, j’ai toujours cette possibilité d’une fusillade dans un coin de ma tête. »

Elisabeth et Caroline, lycéennes venues du Nouveau-Mexique spécialement pour la marche, ont elles aussi participé récemment à ce genre d’exercices. « Ça nous a stressées plus qu’autre chose, car on sait qu’en fait, il n’y a rien à faire d’autre que de se cacher dans ce genre de situation. » Mais selon elles, ça n’est pas la peur qui domine. « En fait, beaucoup de jeunes de notre âge sont bien plus en colère qu’ils ne sont effrayés. »

Pour ces ados protestataires qui auront bientôt 18 ans, c’est une question de temps avant que la situation ne bascule. Et cela pourrait se produire dès les élections de mi-mandat, en novembre prochain. « Nous sommes très excités à l’idée de voter bientôt », confirme un groupe de jeunes venus du lycée Tuscarora, dans le Maryland. « Les élus actuels affirment qu’ils nous envoient leurs pensées et leurs prières, mais il ne font rien. » Leur enseignante, qui les a accompagnés lors de cette journée, estime que « les républicains devraient avoir peur ». « La question du contrôle des armes va devenir LE débat des prochaines élections », croit-elle.

Quant à la proposition faite par Donald Trump d’armer les professeurs, elle la balaye d’un revers de la main et d’une petite blague : « Je vous assure que ces élèves ne veulent pas voir de quoi je suis capable avec une arme », plaisante-t-elle. Plus sérieusement, répliquent les lycéens, « le boulot des profs, c’est de nous éduquer, pas d’être armés ». À la place, ils demandent l’interdiction des fusils d’assault, la mise en place de contrôle systématique des antécédents de l’acheteur, et que soit relevé l’âge de porter une arme de 18 à 21 ans. « Cela n’est pas normal qu’il faille avoir 18 ans pour acheter un flingue et 21 pour acheter de l’alcool », pointent-ils.

Depuis le massacre de Columbine en 1999, quelque 187 000 élèves ont été exposés aux violences par armes à feu à l’école, compte le Washington Post. Si les fusillades dans les établissements scolaires américains sont fréquentes, celle de Parkland, le jour de la Saint-Valentin, a été un déclic pour beaucoup. Une grand-mère du Connecticut, l’État endeuillé en 2012 par la tuerie de Sandy Hook où 20 enfants ont été massacrés, a tenu à accompagner sa petite-fille à la marche. « À Sandy Hook, c’était des enfants de six ans qui n’ont pas eu la possibilité de parler. Les jeunes de Parkland, eux, peuvent s’exprimer en leur nom à tous. Ma petite-fille a 16 ans, son lycée est juste à côte ma maison. Que ressentirais-je si la prochaine fois, c’était elle la victime ? »

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