Me Kane : « S’ils avaient commis des actes terroristes, le Nigeria les aurait jugés en premier »

Face au destin de son client qui se joue en ce moment devant les juges de la Chambre criminelle spéciale, Me Amadou Aly Kane a pris la défense de Lamine Coulibaly qui encourt la perpétuité.

« Dans cette affaire, il n’y a pas de faits. Vous avez un dossier de police. Ces personnes auraient dû être fichées, mises sous écoute téléphonique et placées sous la surveillance des espions. Et ce n’est qu’après avoir eu des renseignements sur eux qu’on devrait ouvrir une information judiciaire. Ils ont été trompés. Boko Haram n’a rien de religieux. C’est une manipulation de services occidentaux habillés avec les couleurs de la religion. Et si jamais demain notre gaz sortait de terre ici, attendez-vous à des mouvements Boko Haram. Le Nigéria qui les a arrêtés n’a jamais considéré qu’ils sont des terroristes. C’est le Nigéria qui les aurait jugés en premier s’ils avaient commis des actes terroristes. C’est un dossier qui est vide. Il n’y a pas d’éléments matériels, il n’y a pas de faits avérés », a déclaré le conseil de Lamine Coulibaly.

Me Amadou Aly Kane dénonce même une certaine discrimination dans le traitement des personnes. « Les francs-maçons se réunissent pour parler de leur secte et ils ne sont pas considérés comme des terroristes. Les partis politiques se réunissent pour parler de la stratégie à mettre en œuvre pour gagner une élection, ils ne sont pas des terroristes. Mais, dès que deux musulmans se retrouvent pour parler de leur religion, ils sont considérés comme des terroristes, ils sont dangereux. Nous faisons du complexe. Nous suivons des gourous », s’indigne-t-il. L’avocat note d’ailleurs, l’absence d’un fait matériel à même d’asseoir l’existence des crimes retenus contre son client. Il demandé, dès lors que celui-ci soit acquitté.

Auparavant, comme à l’entame du procès, la robe noire a soulevé des exceptions qui auraient, selon lui, conduit à la nullité de la procédure. « Il y a de sérieux et de nombreux obstacles qui empêchent le jugement des accusés. Il s’agit de l’extinction de l’action publique ; de l’abrogation de la loi pénale. Et ce, sans compter l’arrestation arbitraire qui, selon lui, demeure « une règle indérogeable des droits de l’homme. Ils sont en détention arbitraire. Le procès-verbal est nul, l’ordonnance de renvoi l’est également. On ne peut pas les juger parce que tout est nul dans la procédure », a plaidé Me Kane.