Procès Imam Ndao et co-accusès : Matar Diokhané admet avoir reçu 15 millions de FCfa de Shekau

Matar Diokhané a été entendu lundi. A la place des « révélations » qui étaient attendues, l’accusé a presque  tout nié, confirmant tout de même avoir reçu 12.000 euros d’Aboubakar Shekau, le chef de Boko Haram.

La salle 4 du tribunal Lat-Dior a refusé du monde lundi lors de l’audition de Matar Diokhané. C’est lui qui était la vedette du jour. Considéré comme l’un des « cerveaux » des présumés terroristes pour avoir réussi à sortir les « combattants » sénégalais des geôles de Boko Haram, Matar Diokhané n’a pas fait de révélations. Devant la barre, il a tout nié. Maître coranique à Handick (Nigéria), Matar Diokhané dit avoir regagné cette localité sur proposition de Moustapha Diop, un étudiant sénégalais basé en Arabie Saoudite. Ce dernier l’avait mis en rapport avec Abu Saïd qui avait besoin d’un maître coranique. Après échange, Abu Saïd qui est un Tchadien basé en Arabie Saoudite, a accepté de rémunérer Matar Diokhané à hauteur de 1.500 euros par mois, environ 975.000 FCfa. Le contrat signé, M. Diokhané a récupéré des mains d’Ibrahima Bâ la somme de 150 000 FCfa pour le voyage au Nigéria. Toutefois, M. Diokhané a tenu à préciser au juge qu’il était au Nigéria pour enseigner et non pour combattre aux côtés du groupe Boko Haram.

Cependant, le juge lui a rappelé ses propos soutenus devant les enquêteurs : « Deux éléments de Boko Haram se présentaient régulièrement pour me remettre mon salaire ». Matar Diokhané de repréciser sa parole devant la barre : « Je ne savais pas que ce sont des gens de Boko Haram. Je n’ai jamais eu de relation avec Boko Haram ». Pourtant, c’est grâce à lui que des Sénégalais qui étaient dans le fief de ce groupe terroriste ont pu emprunter le chemin du retour. Matar Diokhané qui est parti dans la forêt de Sambissa a pu rencontrer Shekau pour négocier le retour de ses compatriotes. L’accusé a tenu à informer qu’il est intervenu juste pour sauver ses compatriotes mais cela ne veut pas dire qu’il était influent chez les autorités de Boko Haram. « J’avais juste vu que des Sénégalais étaient en difficulté, c’est pourquoi j’ai eu à intervenir. Si je savais que cela va me créer ces problèmes, je ne l’aurais pas le fait», explique le prévenu. Suite à cette rencontre, Aboubakr Shekau a remis à Matar Diokhané la somme de 12.000 euros, environ 15 millions de FCfa, pour le transport des Sénégalais. Ces derniers pouvaient, dès lors, embarquer pour Handack où logeait M. Diokhané.

Les Français, principaux cibles

A la question du juge de savoir est-ce qu’il n’y avait pas une coordination entre le groupe des Sénégalais du Nigéria et leurs compatriotes en Lybie pour l’installation d’un Etat islamique au Sénégal, Matar Diokhané répond : « Je ne savais même pas qu’il y avait des Sénégalais en Lybie ». Pourtant, d’après le juge, Matar Diokhané aurait avoué devant les enquêteurs ceci : « Je n’avais certes pas cette idée d’installation d’un Etat islamique mais Daesch projetait d’installer un Etat islamique au Sénégal, en Gambie, au Mali et les deux Guinées. J’ai lu ça et ceux qui m’ont arrêté au Niger m’en ont parlé. Le projet est déjà élaboré dans un document. La stratégie consistait à perpétrer un coup d’Etat en Gambie orchestré par Dawla. Cela va créer une instabilité qui permettra au mouvement de rayonner dans les autres pays. Le projet devrait être exécuté à l’horizon 2016-2017 ».

Après ce rappel du juge, l’accusé indique qu’il ne s’agit pas de son projet. « Je ne l’ai pas rédigé. Je n’ai fait que lire et après je ne le prenais pas pour un projet sérieux », a ajouté l’accusé. Cependant, il aurait encore révélé devant les enquêteurs le mode opératoire du projet en ces termes : « Les cibles prioritaires sont les Français. Je pense, comme ils le font d’habitude, ils vont agir selon la méthode des attentats suicides. Ils vont attaquer des bâtiments administratifs et publics, des hôtels. Il était aussi prévu des attaques contre des casernes et des installations militaires. Pour ce mode opératoire, il fallait avoir un effectif de 300 hommes ». Matar Diokhané ajoute qu’il n’a jamais adhéré à ce projet qu’il a su à travers ses recherches.

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