Voyage : l’Amérique à portée d’Afrique ?

Alors que l’annonce du président américain Donald Trump d’interdire l’entrée des États-Unis aux Européens pour endiguer le coronavirus continue de secouer l’Europe, les voyageurs africains doivent faire face à un véritable casse-tête. En effet, nombreux sont ceux qui passent régulièrement par l’Europe : Paris, Bruxelles, Milan, Londres ou Rome, voire le Moyen-Orient, pour se rendre aux États-Unis. En 2017, selon l’IATA (Association internationale du transport aérien), plus de 432 000 voyageurs en transit entre l’Amérique et l’Afrique sont passés par Roissy-Charles-de-Gaulle.

La confusion autour de l’annonce de Donald Trump

Dans une adresse très suivie, le président américain, Donald Trump, a annoncé mercredi soir la suspension des liaisons aériennes avec l’Europe à partir de ce vendredi à minuit pour lutter contre le nouveau coronavirus. Tout l’espace Schengen est désormais interdit du territoire américain. « Pour empêcher de nouveaux cas de pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d’Europe vers les États-Unis pour les 30 prochains jours », a dit le président, qualifiant le coronavirus de « virus étranger ». Tous les vols en provenance de l’Union européenne sont concernés, sauf la Grande-Bretagne.

Une annonce qui a semé la confusion dans beaucoup d’esprits. Il aura fallu attendre la journée de jeudi pour avoir des éclaircissements. On sait désormais que des exceptions seront prévues pour les Américains ainsi que les résidents permanents retournant aux USA, après vérifications. L’annonce de Trump impacte en particulier quatre compagnies aériennes : Delta, American Airlines, Air France et Norwegian, a précisé une source aéroportuaire citée par l’AFP.

Une fenêtre pour les compagnies africaines ?

« À moins que les États-Unis ne ferment l’entrée aux pays d’Afrique, vous pouvez théoriquement prendre un vol éthiopien vers les États-Unis via plusieurs capitales », renseigne Ethiopian Airlines, la première compagnie africaine. « Les États-Unis peuvent toutefois avoir des restrictions si le passager était en Europe au cours des 14 derniers jours. Vérifiez auprès de la compagnie aérienne et lisez bien les consignes d’entrée les plus récentes du gouvernement américain. » Car la bonne nouvelle pour les voyageurs africains est qu’ils ont désormais le choix de se rendre directement aux États-Unis sans passer par l’Europe. Ces dernières années, il y a eu un véritable engouement des compagnies africaines pour capter une partie de ce trafic Amérique-Afrique. Six d’entre elles, dont Royal Air Maroc (RAM), Ethiopian Airlines, South Africain Airlines, Kenyan Airways, EgyptAir et Cabo Verde Airlines, desservent actuellement les USA avec des vols vers plusieurs destinations comme New York, Washington, Miami, Houston au Texas, etc.

Le jackpot américain pour Ethiopian

Pour le CEO du géant Éthiopian Airlines, première compagnie continentale, Tewolde GebreMariam : « Les États-Unis sont l’un de nos marchés les plus importants en raison de la présence d’une grande diaspora africaine et des relations multiformes prometteuses entre l’Afrique et les États-Unis. » Le succès de la ligne Addis-Abeba-New York en est l’illustration. Avant le lancement de cette ligne, 60 % du trafic de l’aéroport d’Abidjan à destination de l’Amérique passait par Paris et était donc capté par Air France et le reste via Bruxelles, Istanbul et Casablanca.

Le sens de l’opportunité pour Royal Air Maroc, Kenya Airways?

Toujours d’après l’IATA, le trafic Afrique-Amérique du Nord est passé entre 2012 et 2017 de 2 969 155 passagers à 3 712 343 passagers. Dans ce sillage, Royal Air Maroc a inauguré le 22 juin 2019 sa nouvelle ligne Casablanca-Boston en raison de 3 vols hebdomadaires. À noter qu’en plus des États-Unis, la RAM dessert aussi Montréal au Canada, Sao Paolo et Rio de Janeiro au Brésil. Autre succès, la compagnie kenyane est la seule de la région est-africaine à relier directement l’Afrique de l’Est aux États-Unis, sachant qu’Ethiopian Airlines relie l’Afrique aux États-Unis via son hub abidjanais après s’être retiré de Lomé. Dans le viseur, les clientèles à haute valeur ajoutée, membres de la diaspora, employés des grandes institutions internationales, mais aussi les touristes. Autre bonne nouvelle pour les voyageurs africains fidèles de British Airways, ils n’auront aucun problème, puisque le Royaume-Uni n’est pas concerné par le travel ban visant l’Europe.

Contexte de réorganisation

Des solutions à connaître et un répit de courte durée alors que l’année 2019 aura été en demi-teinte pour les compagnies africaines. D’après l’Association des compagnies aériennes africaines, les acteurs du continent « continuent de subir le poids élevé des taxes et redevances ainsi que le surcoût d’un carburant 35 % plus cher que la moyenne mondiale ». Moins compétitives dans ce contexte, elles enregistrent des taux de remplissage relativement faibles, à cause d’un marché africain extrêmement fragmenté et inefficacement desservi en l’absence d’un Marché unique du transport aérien continental.

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